Encore des corsets ! – Entretien avec Blackitten

Interview Blackitten corsets

Photo Pascale Lourmand, modèle Claire Vasseur
MUA Justine Denis, Hair Jules Cynamon & Olivier Gerard

J’ai rencontré Charlotte, alias Blackitten, sur un forum il y a presque deux ans. Elle cherchait des mannequins pour son premier défilé de corsets. Je me suis proposée. Je suis allée chez elle essayer le corset qu’elle pensait me faire porter :  forme édouardienne, dentelle de Calais prune ancienne sur soie vieux rose. Une merveille. Je suis restée là une bonne partie de l’après-midi, à boire du thé tandis que Charlotte me montrait les prototypes finis ou en cours, m’expliquait sa passion pour les dentelles anciennes, la dentelle de Chantilly surtout, sa finition préférée, mais aussi pour le cuir, dont le travail se rapproche de la maroquinerie, ou pour la soie dont elle affectionne particulièrement la touche lingerie. J’aurais pu rester plu longtemps encore.

Après le défilé, on s’est un peu perdues de vue. Je suivais ses aventures de loin, sur Facebook. Et puis  on s’est recroisées à un vernissage – l’exposition “Venus Robotica” au Cabinet des Curieux – et pour une soirée  au thème steampunk elle m’a gentiment proposé de me prêter un corset. J’ai sauté sur l’occasion pour l’interviewer.

Son approche de la corseterie, vous allez le voir, n’est pas tout à fait la même que celle de Caroline des corsets Volute dont je vous proposais récemment l’interview-fleuve. En effet, Charlotte a une formation dans la mode et le costume d’époque, qu’elle a étudié pendant six ans à Paris. Elle travaille plus en termes de “collections”, même si on peut aussi lui commander le corset dont on rêve. Et elle travaille beaucoup comme styliste avec des photographes.

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I met Charlotte, aka Blackitten, on a forum nearly two years ago. She was looking for models for her first corset fashion show. I volunteered. I went to her place to try on the corset she wanted me to wear: edwardian shape, plum-colored Calais lace overlaid on a dusty rose silk. A beauty. I stayed a good part of the afternoon, drinking tea while Charlotte showed me her finished prototypes and her works-in-progress, and told me of her fondness for old lace, especially Chantilly lace, her favorite trim, but also for leather, or the lingerie feel of silk. I could have stayed much longer.

After the show we lost a little sight of each other. I followed her on Facebook, from afar. Then we met again at a vernissage – the « Venus Robotica » exhibition at the Cabinet des Curieux gallery – and she offered to lend me a corset for a steampunk-themed party. I jumped on the occasion to ask her an interview.

She doesn’t envision corsetmaking quite the same way as Caroline from Volute Corsets (read her long interview here). Charlotte has studied fashion design and costume for six years in Paris. She works more in a « collections » mindset, even if you can still ask her to make you your dream corset. And she works a lot with photographers as a stylist.

Interview Blackitten corsetsPhoto Pauline Darley, modèle Pandora
MUAH Marie Antoine & Mademoiselle Mu

C’est en 2007 que Charlotte/Blackitten réalise son premier corset. Passionnée par les films historiques en costume, les silhouettes en sablier la font rêver depuis des années, mais elle n’ose pas se lancer dans l’art délicat du corset avant d’avoir un solide bagage de couturière derrière elle. Elle a le souci également d’être au point en ce qui concerne l’anatomie : contrôle du corps oui (cela la fascine), mais hors de question de l’endommager. Un corset bien fait, pour elle, doit être d’abord confortable, en plus d’être élégant et d’apporter une allure incomparable. “Depuis  trois ans, dit-elle, je travaille afin de montrer que non, le corset n’est ni vulgaire, ni étouffant. Le meilleur moyen est encore de le faire essayer.” Car elle n’échappe pas non plus aux clichés et aux préjugés : “On m’a au départ demandé si je fabriquait des objets érotiques,” sourit-elle.

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Charlotte/Blackitten made her first corset in 2007. A lover of period movies in costume, she’d been dreaming for years of hourglass silhouettes but didn’t dare try her hand at the delicate art of corsetmaking before having acquired solid sewing skills. She also wanted to know about anatomy: yes to body control (she’s fascinated by it), no to body damage. A well-made corset, according to her, must be comfortable above all, on top of being elegant and bringing unsurpassed bearing. « For the last three years, she says, I’ve been working to show that no, the corset isn’t vulgar or stiffling. The best way to show it is to make people try one on. » For she doesn’t escape clichés and prejudices either: « At first I was asked if I made erotic objects » she smiles.

Interview Blackitten corsetsPhoto Goldensik, modèle Freyia

Blackitten n’est pas que corsetière : elle est en réalité styliste. Mais le corset a une place importante chez elle. “La taille marquée est un thème récurant dans mes créations et mes silhouettes. Des créateurs comme Jean-Paul Gaultier, John Galliano et Vivienne Westwood ont merveilleusement inscrit cette pièce dans leurs collections. Je m’inspire de leur travail, j’aime cette adaptation à l’époque contemporaine.”

Elle est en effet dans un processus de détachement des pièces historiques pour créer des pièces inscrites dans notre temps. Les mariés qui clôturaient le défilé  de 2008 auquel j’ai participé portaient déjà des “corsets-harnais” constitués de larges bandes d’élastique, soulignant et modelant le corps sans la rigidité des baleines. C’est une voie que Blackitten continue d’explorer : elle travaille actuellement sur de nouvelles collaborations, afin d’expérimenter de nouveaux matériaux pour les corsets.

“Si on réfléchit à la structure du corset, dit-elle, on s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’un corps baleiné qui se prête à de nombreuses variations. Selon sa matière et ses finitions, il s’adapte à toutes sortes d’occasions. J’attache une grande importance à intégrer le corset et le serre taille dans des silhouettes modernes. Il est indispensable pour sa survie de le sortir de son contexte, pour qu’il devienne un vêtement ou accessoire de mode à part entière. Le corset ne se résume pas au costume d’époque, aux fétichistes et aux gothiques. Il y a plusieurs manière de porter le corset, qui peut devenir une pièce  de soir ou un élément de tous les jours. Le port du corset en soirée n’est pas bien compliqué, il passe aussi bien avec des jupes crayon que des jupes parapluie. Il est également très seyant avec un pantalon masculin. L’important est de décaler la tenue, c’est ce qui fait je pense la modernité d’une silhouette aujourd’hui. Associer un beau corset à un pantalon d’homme et des talons est sans doute la  manière la plus contemporaine de le porter. Un serre taille en cuir pourra accessoiriser une tenue de tous les jours au même titre qu’une large ceinture. Le choix de la matière est très important pour que la pièce soit portable au quotidien, il peut prendre une place aussi légitime qu’un sac à main. D’où mon attirance naturelle vers le cuir, une matière que j’adore travailler et qui, selon moi, se rapproche vraiment de la maroquinerie. On peut aussi porter le corset comme une pièce de lingerie délicate, qui se dévoile sous une chemise ou une veste. Le corset n’a pas de limites, il est à la fois vêtement, accessoire et lingerie, il permet une multiplicité des tenues.”

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Blackitten isn’t only a corsetmaker: she’s really a fashion designer. But the corset has an important place in her designs. « A cinched waist is ubiquitous in my creations and silhouettes. Designers like Jean-Paul Gaultier, John Galliano, and Vivienne Westwood, have wonderfully used corsets in their collections. I’m inspired by their work, I like this adaptation to our time. »

She’s indeed detaching herself slowly from historical styles – even if antique corsets are still an inspiration of course – to create more contemporary pieces. The bride and groom who ended the 2008 show to which I participated already wore « harnesses-corsets » made of wide elastic strips, emphasizing and outlining the body without the rigidity of boning. It’s a direction Blackitten continues to explore: she’s currently working on new collaborations to experiment with new materials to use in corsets.

“Think about the corset’s structure, she says, it’s only a boned cincher, it’s very versatile. Depending on its material and finishing touches it can be worn on many different occasions. It’s very important for me to integrate corsets and waist-cinchers in modern silhouettes. You have to bring it out of its context for its survival, to make it become a garment or a fashion accessory in its own right. The corset is not only for historical costuming, fetish or gothic wear. You can wear it in different ways as evening wear or even daily wear. It’s not difficult to wear a corset  for evenings out, it’s as fitting with pencil skirts than as full skirts. It’s also very becoming with man trousers. The important thing is again to have the outfit bring the corset out of its usual context, that’s I believe what gives a silhouette modernity. Matching a beautiful corset with man trousers and heels is probably the most contemporary way to wear it. A leather cincher can accessorize an everyday outfit just as a wide belt would. The choice of material is very important to allow an everyday wear, a corset can have the same sort of place as a handbag. This is why I’m very fond of leather, a material I love to work with. You can also wear a corset like a delicate item of lingerie, glimpsed under a shirt or a jacket. The corset has no limits, it’s at once a garment, an accessory, and lingerie. It can be worn in multiple ways.”

Interview Blackitten corsets

Photo Rachel Saddedine, modèle Maria Botha, MUA Mathilde Passeri

Cela ne l’empêche pas de rêver réaliser aussi “des pièces plus impériales, les robes de princesses sont un rêve de petite fille”. Ses sources d’inspiration sont en effet multiples : “Je suis très curieuse et beaucoup de choses nourrissent ma créativité. La Révolution française, la Belle Epoque, la mode entre 1900 et 1950… Je regarde des tableaux, des gravures, des publicités, des photos, des films, des expos, de nombreux supports apportent de l’eau à mon moulin.” Les créations dont elle est la plus fière ? Son premier corset, “un casse tête aux nombreuses heures de travail, que je garde précieusement”, et un corset edwardien rehaussé d’une dentelle de Chantilly à la finesse extrême, un bijou auquel elle tient beaucoup. Mais comme pour beaucoup de créateurs, c’est toujours son prochain projet qui l’enthousiasme le plus. Pour l’instant, elle travaille sur une collection inspirée de la Révolution française, où les uniformes militaires de l’époque prêtent leurs détails. Et déjà, elle pense à la suite…

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This doesn’t prevent her from dreaming of making « more imperial items, princess gowns are a childhood dream ». Her inspirations are all over the place: « I’m very curious and lots of things sustain my creativity. The French revolution, the edwardian period, fashion between 1900 and 1950… Paintings, engravings, publicity, pictures, movies, exhibitions… ». The creations she’s particularly proud of? Her very first corset, «  a real puzzle involving many work hours which I treasure », and an edwardian corset overlaid with a particularly fine Chantilly lace, the apple of her eye. But like many creative persons, she’s always engrossed by her next project. For the moment she’s working on a French revolution inspired collection with details taken from antique military uniforms. And she’s already thinking about what will come next…

Interview Blackitten corsets

Intéressée par un corset Blackitten ? Charlotte reçoit sur rendez-vous dans son atelier du 5e arrondissement. En attendant la mise en ligne très prochaine de son site, www.blackitten.com, on peut la retrouver sur Myspace ou lui envoyer un mail.

Interested in a Blackitten corset? Meet Charlotte in her 5th arrondissement workshop, by appointment only. Her website, www.blackitten.com, will be online shortly, but you can also find her on Myspace or send her an e-mail.

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Merci à Charlotte pour l’interview !

Thank you Charlotte for the interview!

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8 Responses to Encore des corsets ! – Entretien avec Blackitten

  1. Carlotta says:

    C’est vraiment un très intéressant complément à l’entretien avec Caroline. Le fait de jouer du corset pour construire des silhouettes contemporaines me semble aussi intéressant que de le regarder plus historiquement (ça doit être ce que je retiens de l’interview parce que Charlotte répond très largement aux questions que je me posais en lisant Caroline!) J’aime particulièrement l’idée de le traiter simplement comme une pièce multi-facette: vêtement, accessoire ou lingerie. Dit comme ça, ça casse notamment l’image très ‘cérémonieuse’ que je me faisais de cette pièce.
    Merci Stella, ces interviews ont dû être un gros boulot!

  2. Delilah says:

    Bon tout d’abord… la dernière photo est géniale, j’aime beaucoup la “gaine-corset” et ces rayures!

    Sinon, son approche est tout aussi intéressante que celle de Caroline, j’aime son envie de “démocratiser” le corset dans une tenue de tous les jours et pas seulement pour tel ou tel type de personne! L’idée d’une “juste armature” qui peut se transformer à volonté et revêtir plusieurs facettes et visages est vraiment intéressante et à approfondir encore plus!

    En même temps, je ne suis pas objective, j’adore son travail…

  3. Tempérance says:

    Interview passionnante, et les réalisations de cette artiste talentueuse sont tout aussi magnifiques qu’accessibles à toutes dans cette conception moderne du corset !

  4. Carlotta : Oui, c’est pour ça que j’ai voulu présenter différents points de vue. On pourrait croire que consacrer plusieurs billets au corset serait redondant mais à mon avis ce n’est pas le cas, ça montre au contraire la diversité des façons de l’envisager – et donc, quelque part, sa vitalité.

    Delilah : Si tu ne connais pas le travail de photo d’Alyz je t’engage à découvrir son site ! http://www.visualyz.com/ Tu risques d’aimer.

    Tempérance : Haha ça lui fera plaisir de lire ça je pense ;)

  5. Blackitten says:

    Je suis très touchée par ces commentaires, cet article reflète véritablement ma manière de travailler et ma façon d’envisager le corset. Je suis vraiment heureuse que cela soit bien perçu! Un grand merci.

  6. Delilah says:

    Je viens de dévorer le site… merci beaucoup! (et quelle intuition surtout!)

  7. Scheharazade says:

    Cela donne envie de s’en offrir un beau. Il y a longtemps j’étais tombée en admiration devant un modèle de Vivienne Westwood s’inspirant d’une peinture XVIIIe je crois… mais ça attendra que ma bourse se remplisse de beaux deniers !^-~

  8. Delilah : Difficile de ne pas aimer, en même temps ! ;)

    Scheharazade : Il vaut en effet mieux avoir un certain budget pour un corset, on y gagne énormément à la fois en confort et en esthétique. Et pour le coup je conseillerais de faire faire sur mesure plutôt que d’acheter du prêt à porter, même Westwood !

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