Sauf indication contraire, toutes les photos sont © Musée Henner
Il y a des invitations qu’on ne refuse pas. Une visite privée d’un musée, pour en découvrir à la fois les salles publiques et quelques trésors cachés ? Non, on n’hésite pas avant d’accepter. Surtout quand il s’agit du musée Jean-Jacques Henner qui, depuis sa réouverture après travaux fin 2009, figurait sur ma liste “à découvrir bientôt”.
A côté de ses musées célèbres qui drainent les foules, Paris recèle un certain nombre de musées moins connus, plus petits certes mais au charme souvent plus profond. Le musée Jean-Jacques Henner est de ceux-là. Le bâtiment qui l’abrite, pour commencer, est un hôtel particulier du 19e siècle à l’architecture singulière, où se côtoient des influences aussi diverses que les carreaux de Delft de la salle à manger et les moucharabiehs orientalistes de l’atelier de réception. On est proche de l’esprit de la maison de Pierre Loti, en moins extravagant et plus dépouillé. Les murs sont peints de couleurs profondes, rouge vermillon, bleu turquoise, gris perle, qui mettent remarquablement en valeur les tableaux tout en évitant le côté aseptisé de nombreux musées. Renseignements pris, il s’agit des couleurs d’origine. La restauration du bâtiment n’est d’ailleurs pas tout à fait terminée : on nous fait ainsi découvrir le jardin d’hiver, fermé pour l’instant au public, et sa superbe mosaïque découverte sous le revêtement banal posé dans les années 20. On imagine les plantes vertes, le mobilier, et Sarah Bernhardt qui vient en voisine prendre le thé…
Et puis il y a les oeuvres. Contrairement à ce que pourrait laisser penson son curriculum vitae très bon genre (Prix de Rome en 1858, peintre à succès à partir des années 1870, membre de l’Institut en 1889, grand officier de la Légion d’honneur en 1903), Henner témoigne d’une vraie personnalité qui le différencie de la cohorte des peintres académiques de l’époque. Certes, il peint des scènes tirées de la Bible ou de la mythologie, des Madeleine ou des Andromède, mais ces références ne sont qu’un prétexte. Ce qui l’intéresse vraiment, m’a-t-il semblé, c’est de traduire dans ses tableaux une certaine atmosphère, un univers où des figures nacrées aux poses sculpturales émergent, un peu floues, d’un arrière-plan sombre ou bleuté, qui fait penser aux lointains azurés des peintures de la Renaissance italienne. C’est, à quelques notables exceptions près (L’Alsace. Elle attend, par exemple) un univers de rêve, doucement mélancolique avec ses teintes de feuille morte ou d’écaille de tortue, où les femmes sont des Mélusine aux longs cheveux de feu. Pas tant des femmes fatales, l’obsession du 19e siècle finissant, que des femmes-fées. Même la splendide Hérodiade portant la tête de Saint Jean-Baptiste sur un plateau ne semble pas tant une nymphomane sanguinaire qu’une femme digne, sûre d’elle, d’une beauté puissante. A la sortie, je n’avais qu’une envie : revenir bientôt, seule, pour passer du temps en tête à tête avec les toiles.
La fontaine
Solitude
Cette visite a aussi été l’occasion de découvrir certaines oeuvres tirées de la réserve du musée. Car il a bien fallu faire un choix lors de l’accrochage, et certains tableaux ont dû être écartés, comme ce portrait d’un sous-préfet alsacien portant une magnifique veste et de curieuses lunettes aux verres fumés, oeuvre de jeunesse d’un Henner encore très conventionnel. Ou cette Rébecca inachevée, qui émerge de la toile comme un fantôme livide. Mais il y a aussi des dessins, un calque témoignant des techniques de copie du peintre, une merveilleuse petite nymphe peinte au dos d’un tableau moins saisissant… Et puis les carnets d’Henner. Dessinateur avant tout, il semble ne pouvoir s’empêcher de faire de petits croquis un peu partout, et d’abord dans son agenda. Pouvoir tourner les pages de ces volumes à la couverture usée et contempler au fil des pages esquisses rapides ou plus élaborées, accompagnées de petites notes, a été un privilège incroyable. Et le mieux dans tout ça ? C’est que vous pouvez aussi découvrir quelques-uns de ces “secrets” d’Henner sur le Flickr qui lui est dédié ou sur le blog Henner intime. Avant, peut-être, de vous rendre au musée…
Cette photo et les deux suivantes ©Andy Julia/mnjjh
Plus de photos de la soirée ici. Merci encore au musée Henner, à Diane Drubay qui organisait l’événement, et à Louise qui m’a proposé d’y assister !
Au cas où vous vous poseriez la question : non cet article n’est pas sponsorisé, on ne m’a rien offert de plus que la visite et un verre après. Je fais partie de ces gens qui n’aiment pas trop la pub et n’en font que pour les choses qui leur plaisent vraiment. Comme ça c’est clair.







tres intriguantes les oeuvres de Henner, je pense qu’il faudrait demeurer une nuit entiere devant ses oeuvres pour tenter de les comprendre ! en tout cas, j’ai été ravie (une fois de plus) de te rencontrer. grande et belle surprise !
Oui, elles invitent à la contemplation… Et le plaisir fut partagé :)
Depuis que je l’avais découvert chez Pandora, ce musée me fait rêver ! Tu as dû vraiment passer un moment exceptionnel en bonne compagnie. Merci de nous le faire partager !
Ton article me donne bien envie d’aller visiter ce musée dès que je serai de retour sur Paris. De Henner, j’avoue que je n’avais en mémoire que la fameuse alsacienne… ce que je vois ici et tes descriptions aiguisent ma curiosité! J’adore ces petits musées un peu secrets.
Comme je regrette de ne pas avoir pu être des vôtres! J’espère que le projet d’une nouvele soirée de découvertes se confirmera. Le musée Henner est vraiment un lieu à part, je trouve qu’on y vient autant pour les oeuvres que pour ce cadre; j’ai hâte que le jardin d’hiver soit restauré et accessible! Merci pour tes impressions et les photos!
Tempérance : Oui, ce n’était pas mal ;)
Adèle : Je te le recommande ! Je connaissais également très peu Henner, je suis contente d’avoir commencé à réparer cette lacune.
Lily : Diane m’a l’air d’être pleine d’idées pour faire vivre le musée, je suis sûre qu’il y aura d’autres événements intéressants dans les mois à venir… Quant au jardin d’hiver, il faudra attendre encore au moins un an pour y accéder, mais quand il sera pleinement restauré j’ai cru comprendre que le musée y organiserait des événements justement, dans l’esprit des salons artistiques du 19e.
Wow, alors là, je dis merci, Madame Polaris! Tu m’en as parlé, ça a commencé à aiguiser ma curiosité, mais cet article achève de me convaincre! En effet, c’est somptueux. J’ai hâte d’aller voir ces merveilles de près, maintenant! Miam.
You’re welcome :) Tu m’en diras des nouvelles !
il était sur ma liste pour mon prochain passage à Paris. J’ai vraiment hâte maintenant !
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