
J’avais d’abord pensé faire un compte-rendu exhaustif de la dernière Glitter Fever, mais ça aurait été un peu long. J’ai donc préféré me concentrer sur mes trois coups de coeur de la soirée. Trois danseuses très différentes les unes des autres, qui ont un point commun : je ne les avais jamais vues sur scène jusqu’à présent…

Kiki Béguin a des airs de petit elfe aux cheveux rouges dans ses costumes de Colombine destroy aux jupons froufroutants. On pourrait lui reprocher de faire deux numéros sur des thèmes très proches (le pantin, où elle est attachée par des rubans noirs pendant d’un portique, et la poupée mécanique), sur pointes à chaque fois. Pour ma part, j’ai adoré les deux, alors !… Le premier a un côté bondage, sur une chanson des Dresden Dolls, deux choses qui font souvent mouche chez moi. Le second est « mécaniquement » très réussi, et plus malicieux. Les deux sont poétiques et étranges, avec une danse sur pointes maîtrisée, et ils sont suffisamment différents de la tout aussi excellente poupée mécanique de Sucre d’Orge. Lunaire mais jamais mièvre, gracieux et ingénieux.

C’est par un numéro d’éventails que commence Louiza Ventura. Au lieu des danses d’éventails vues et revues, elle a la bonne idée de s’en servir surtout comme accessoires de strip-tease, jouant à cacher et découvrir son corps chaque fois un peu plus dénudé. Du coup, elle se tire élégamment de cet exercice souvent périlleux, que la danseuse ait ou non l’habitude de manier ces ustensiles. Sa musique est bien choisie, son joli costume noir et or, un peu Art déco, la met en valeur. Ensuite, on la retrouve dans un numéro de burlesque classique exécuté dans les règles de l’art, avec robe longue de diva, gants, porte-jaretelles, pluie de paillettes… On sent qu’elle a du goût et qu’elle travaille ses numéros. J’aurais envie, maintenant que je sais qu’elle maîtrise bien le registre « classique », de voir passer Louiza au degré supérieur, en trouvant son « truc » à elle qui marquera le public, qui la fera se différencier pleinement d’autres danseuses aux numéros jolis et bien exécutés. Elle en a le potentiel. Fille à suivre… ?

Je ne connaissais Vivi Valentine que pour l’avoir fait poser au Dr. Sketchy hommage à Frida Kahlo. Son premier tour de piste, « Black Magic », la voit arriver en magicienne, ou peut-être en Baronne Samedi, avec haut de forme et canne au pommeau en forme de crâne lumineux. Elle est belle, elle maîtrise son numéro, elle a un joli costume, elle évite les clichés trop évidents (pas de « I Put A Spell On You »), c’est tout à fait agréable, à défaut d’être inoubliable. Un jugement que je serai amenée à réviser dans la deuxième partie du spectacle… car son deuxième numéro vaut à lui seul le déplacement. Vivi incarne une reine barbare, dans un merveilleux costume qui fait penser pêle-mêle aux danseuses balinaises, aux armures de samouraïs, à Salammbô, à l’heroic fantasy et à la danse tribale. C’est indescriptibles, il faut aller voir les photos (ici par exemple, ou ici). Flanquée de deux acolytes en tuniques légères qui l’aident à se déshabiller, elle nous offre un numéro absolument magique, parfait à tous points de vue : esthétique, originalité, sensualité. Vivi est royale, ensorcelante. Et j’ai très envie de la revoir sur scène.

Poster par la géniale Marie Meier. Photos de Gerald Chabaud.