
Photo : Lillian Roth
Il y a longtemps que je ne prends plus en photo ma “tenue du jour” sur ce blog. Même à l’époque où je le faisais, j’ai rapidement arrêté de donner la provenance de mes vêtements. Il y a deux raisons à cela. D’une part, je n’ai pas envie de servir bénévolement de femme-sandwich pour des enseignes que je n’apprécie pas plus que ça (c’est parfois différent avec des petites marques que j’ai envie de soutenir). D’autre part, et de façon plus importante peut-être, parce que je considère que le style ne se décompose pas en éléments. Ce n’est pas le fait de porter une robe X avec des chaussures Y et un collier Z qui va, en soi, faire une silhouette. Pas plus que l’argent que les différentes pièces ont pu coûter. Le style n’est pas l’addition des vêtements, ne serait-ce que parce que tout change en fonction de la personne qui les porte.
Je n’écris pas cela pour me poser en grande prêtresse du style – oh, loin de là ! Mais juste parce que c’est une affirmation/accusation que je vois fréquemment ressortir dans la blogosphère. L’idée, en somme, que sans moyens financiers importants, il est impossible de bien s’habiller. Juste une question, alors : comment faisait-on autrefois, avant le prêt à porter à bas coût ?
Impossible de prétendre que les femmes des années 30, 40 ou 50 n’étaient pas élégantes. Et pourtant, combien de robes possédaient-elles, à une époque où la couture se faisait principalement à la maison ou chez une petite couturière de quartier ? Une nouvelle toilette prenait du temps et, oui, plus d’investissement qu’aujourd’hui. Les femmes avaient donc des garde-robes moins fournies, mais généralement de meilleure qualité, et, surtout, qu’elles entretenaient attentivement. Plutôt que de racheter une nouvelle robe, elles prenaient soin de celles qu’elles possédaient déjà, ou les transformaient (on dirait aujourd’hui “customisaient”) pour suivre la mode : raccourcissement d’un ourlet, teinture d’une autre couleur, modification des garnitures… Et elles se lâchaient sur les accessoires.

Quelques actrices célèbres, et beaucoup d’inconnues stylées.
Les années 1940 ont évidemment été particulièrement ingénieuses dans ce domaine, en raison de la pénurie due à la guerre. Bas “teints” à même la jambe, chapeaux aux matériaux plus originaux les uns que les autres (tel ce turban en… paille, présenté à l’expo “Paris Haute Couture”, que je vous recommande chaudement), chaussures aux semelles de liège ou de bois, emprunts à la garde-robe masculine… Alors bien sûr, les femmes auraient aimé pouvoir porter des bas de soie et des escarpins en cuir. Tout comme elles auraient aimé boire du vrai café, ou avoir plus de sucre. Tout comme nous aimerions toutes porter de grandes marques. Bien sûr. Mais cela ne les empêchait pas de faire du neuf avec du vieux, de se boucler les cheveux et de les attacher avec un joli ruban, de trouver des façons seyantes de nouer leur écharpe, d’avoir du style, quoi. Et si elles étaient capables de le faire pendant la guerre, on devrait en être capable aussi, nous ! Non ?
Bonus à suivre sur le même sujet : la traduction maison des conseils de Marjorie Hillis pour se constituer une bonne garde-robe. Son livre Orchids on Your Budget date de 1937…